François MALKOVSKY

François MALKOVSKY

le danseur chorégraphe et philosophe

 

C’est en Bohême, à Ceské Budejovice, au sud de la république tchèque actuelle, qu’est né François Malkosvky le 22 septembre 1889.

Il grandit dans cette région environnée de forêts, de lacs et de hautes montagnes. Très tôt avec son père, il parcourt les contrées boisées peuplées d’animaux sauvages. Il observe le mouvement des ours, des aigles, des chevaux sauvages et en perçoit le secret. Il contemple l’ondulation des vagues et communie aux vibrations de la lumière, à l’élan mystérieux de la flamme, à la plainte du vent dans les pins.

Il hérite de sa mère musicienne son goût pour le chant et son âme d’artiste. Avec ses parents il assiste à de nombreux concerts.

En 1910, il fuit son pays natal envahi par l’armée autrichienne et s’arrête à Paris, capitale des arts pour y poursuivre ses études musicales.

S’étant enrôlé dans la légion étrangère pour servir la France, son nouveau pays d’adoption, lors de la guerre de 1914-18, il y est blessé et réformé.

Il fréquente les milieux artistiques. C’est alors qu’il voit danser Isadora Duncan. Ebloui par cette rencontre il décide de se consacrer à cet art.

Il se met à l’école de la Nature. Il en découvre les grandes lois universelles (gravitation, pesanteur, vibration …).

Il observe le mouvement spontané des enfants, celui économique des travailleurs et des sportifs.

Malkovsky (photos Martel)

  • Sa danse est basée sur la logique et le rythme du MOUVEMENT HUMAIN NATUREL, et celui du balancier ce qui inclut l’économie d’effort. Pour lui, « le mouvement est UN, aussi bien appliqué dans les travaux, dans les sports, dans la danse » et dit-il, « ce n’est qu’en cherchant l’exactitude que l’on trouve le Rythme dans les mouvements humains et par surcroît la grâce et le rayonnement

Comme Isadora, il « refuse les structures rigides et conventionnelles » de la danse académique et choisit comme elle, de danser sur les grandes œuvres classiques. Sachant que « la plus grande élégance est la plus grande simplicité », il parvient, à travers de nombreuses chorégraphies, à exprimer en vérité les émotions du cœur humain et à visualiser le langage de la musique.

Commence alors pour lui tant à Paris qu’en Province et jusqu’à Alger, une riche période de récitals, de réceptions et de spectacles qu’il donne soit en solo soit avec quelques-unes de ses élèves. Mais cette activité scénique est interrompue par la seconde guerre mondiale.

Ce grand artiste chorégraphe se consacre alors à l’enseignement de la danse libre dans son studio du 41 Boulevard Berthier à Paris, et aussi en province où il donne des stages à un large public

Le milieu enseignant, sportif et même médical est particulièrement intéressé par sa recherche du mouvement libre, juste et économique, source de bien-être, d’harmonie et d’efficacité.

La danse que Malkovsky transmet n’est pas qu’une belle gestuelle basée sur une subtile technique.

Il s’agit pour lui d’une pratique, d’un art de vivre qui concerne l’être entier « physique mental, émotionnel, spirituel même ». C’est pourquoi il a soin de souvent rappeler : « Aucun maître ne peut rien nous apprendre si ce n’est nous montrer le chemin qui mène à la connaissance de soi. »

En 1970, il se retire dans un pittoresque village du Var, Callian, où il organise encore des stages.

Il décède le 9 janvier 1982 à Laon.

Ses élèves poursuivent son œuvre et transmettent son enseignement avec l’appui de diverses associations, dont la principale et la plus ancienne est l’association des Amis de Malkovsky.

La danse telle que l’a enseignée avec passion François Malkovsky n’est pas une technique à proprement parler mais une invitation à une expression en vérité tout en respectant les lois de la nature, et ce faisant à un art de vivre.

La pensée de François Malkovsky

« J’ai beaucoup observé les travaux manuels, j’ai vu des ouvriers qui se passaient des milliers de briques par jour. Inconsciemment ils cherchaient l’économie d’effort. Ils arrivaient ainsi à travailler bien, longtemps, et de surcroît, en chantant. Ils parvenaient au geste « juste », efficace, approprié. »

In : Malkovsky, le mouvement humain est « UN » – par L. Pauzié

« … Les mouvements de l’univers (des mondes comme des atomes) suivent certaines lois. L’homme a aussi des mouvements dont il a tout intérêt à suivre l’exactitude pour son équilibre physique, mental, émotionnel.

Chaque bon mouvement a son rythme intérieur et extérieur exact et rappelle le plus souvent le rythme du balancier, ce qui est compréhensible si nous voulons vraiment exploiter la pesanteur du corps pour économiser l’énergie.

Nous discernons nettement ce mouvement du balancier combiné avec celui de la roue dans le mouvement du tigre, du chat, de la buse qui vole. Il n’y a absolument rien de commun avec le pseudo-rythme des pas cadencés par lesquels on prétend apprendre le rythme. »

Etude sur le mouvement naturel par Malkovsky –

Revue Cercle Musical et Dramatique Indépendant – janvier 1921

« … La base des mouvements humains est la démarche : la chute continue, accélérée ou ralentie à chaque pas par les déplacements alternatifs du centre de gravité (réglé par notre plexus solaire). Les épaules, décrivant imperceptiblement la double roue, entraînant nos bras et nos jambes en sens contraire, et font onduler librement la colonne vertébrale, l’arbre de vie du mouvement, qui devient l’amortisseur des chocs, le ressort, nous préservant des ébranlements du système nerveux.

L’action n’est pas l’agitation. La force n’est pas la brutalité. Les leviers de commande sont facilement mis hors d’usage par des mouvements erronés.

Pour développer nos réflexes, pour augmenter notre potentiel vital, pour découvrir en nous des forces insoupçonnées que nous aurons à communiquer aux autres, rappelons-nous la loi du Rythme : « Tout inspire et expire. Tout monte et descend. Tout s’équilibre par oscillations compensées. »

Chaque mouvement a son expression, son rythme, sa poésie et sa musique à lui. Sachons choisir la musique d’accompagnement qui puisse répondre à ses appels, car cette union peut l’influencer d’une façon heureuse ou malheureuse, l’amener vers la splendeur de la vérité comme vers la morbidité mensongère. »

A la recherche du vrai, du beau, par le rythme (l’enseignement) in : le Courrier Musical et Théâtral de 1934

Quelques citations que Malkovsky aimait à rappeler au cours de son enseignement :

 

L’art est la splendeur de la vérité.

Platon

La Loi du Rythme.

Tout inspire et expire.

Tout monte et descend.

Tout s’équilibre par oscillations compensées.

Hermès Trismégiste

Croyez en la lumière afin que vous soyez des enfants de lumière.

Jean 12,36

On voit d’après la démarche de chacun s’il a trouvé sa route.

L’homme qui approche du but , ne marche plus, il danse.

Nietzsche

Si l’on veut vraiment maîtriser un art, les connaissances techniques ne suffisent pas. Il faut passer au-delà de la technique, de telle sorte que cet art devienne « un art sans artifice », qui ait ses racines dans l’Inconscient.

Daisetz T. Suzuki