Isadora DUNCAN

Isadora DUNCAN

La danseuse aux pieds nus

Isadora Duncan ( de son vrai nom Dora Angela Duncan, née le 26 mai 1877 à San Francisco, USA ) fut cette danseuse américaine qui révolutionna le monde de la danse au début du XXème siècle, par sa totale liberté d’expression et d’inspiration, son refus des codes et conventions de la danse classique, sa référence constante à la nature et à l’Antiquité grecque et sa volonté de mettre en valeur la beauté et l’harmonie du corps féminin et d’éveiller en chacun sa propre musicalité interne.

 

N’ayant vécu que pour son art et chef de file de la Danse libre fondée sur des mouvements naturels, elle est considérée comme précurseur de la danse moderne.

Depuis toute jeune, Isadora aime la danse et sa mère pianiste l’accompagne. Elle refuse d’apprendre la danse classique et pour aider sa famille à vivre, elle donne des cours aux enfants de son quartier.

 

Arrivée à Paris en 1902, cette danseuse aux pieds nus bouscule les usages, veut « vivre sans limites » : rejetant tutu, collant et toutes les formes artificielles du ballet, elle danse presque nue dans une tunique légère et improvise sur de grandes œuvres classiques de Bach, Chopin, Berlioz, Franck, Beethoven, Gluck, Liszt, etc, car dit-elle, ce sont « à peu près les seuls qui aient compris et qui aient suivi le rythme du corps humain. »

Telle Terpsichore, cette artiste hors du commun, exprime son âme et le langage subtil de la musique par une danse sans contrainte artificielle. Elle régénère ainsi la danse par la pureté primitive qui émane de ses mouvements, par la spontanéité, la grâce et la simplicité de ses gestes toujours en accord avec les grands rythmes de la nature.

Dans ses Ecrits sur la Danse elle explique : « La Danse est un art comme un autre, elle doit aussi commencer par ce premier grand principe : regarder la nature….. La Danse consiste dans les mouvements du corps humain, dans leurs relations avec les mouvements de la terre, et, quand ces mouvements ne sont pas en harmonie entre eux, ils sont des mouvements faux. Voilà la première loi pour l’étude de la Danse : étudier les mouvements dans la nature. »

Et elle précise plus loin : « L’ondulation me semble être le mouvement fondamental dans la nature »

Ses idées novatrices séduisent les milieux intellectuels et inspirent de nombreux artistes, tels Antoine Bourdelle, Auguste Rodin, Jules Grandjouan, Henri Matisse, Maurice Denis et bien d’autres.

A Londres puis à Paris, elle donne de multiples spectacles dans des salons privés et sur scène, parcourt l’Europe jusqu’en Russie.

Elle rencontre un grand succès. Mais dit-elle, « la chose qui m’intéresse le plus au monde, c’est l’éducation des enfants » tant elle est habitée par le « souci perpétuel de leur transmettre son art » par une école de vie et, selon Fernand Divoire, par « cette pensée constante : une Humanité plus joyeuse, une Humanité dansante . Elle fonde ainsi une école à Berlin, à Meudon et à Moscou pour y accueillir des jeunes filles qui deviendront ses disciples.
Méprisant les conformismes, excessive en tout, cette femme non conventionnelle et à la vie tumultueuse, lutte pour améliorer la condition féminine, aider les enfants démunis, et oeuvre à travers son art, pour une société fraternelle et à l’écoute de la nature.

Une tragédie la brise alors avec la noyade accidentelle de ses deux enfants en 1912.

Finalement cette artiste meurt à Nice le 14 septembre 1927, étranglée par son foulard qui s’est enroulé dans la roue d’une voiture décapotable.

La pensée d’Isadora DUNCAN et de ceux qui l’ont connue

« Tout mouvement sur la terre est donné par la loi de gravitation composée de « attraction et répulsion », « résistance et non-résistance ». C’est cela qui compose le rythme de la danse.

Isadora Duncan

« Je n’ai pas inventé ma danse, elle existait avant moi ; mais elle dormait et je l’ai réveillée.»

Isadora Duncan – « Pensées diverses » – Ecrits sur la danse

« L’art n’est nullement nécessaire. Tout ce qu’il faut pour rendre ce monde plus habitable, c’est l’amour ».


Isadora Duncan – Extrait de ses Mémoires

« La vraie Danse est la force de la douceur ; elle est commandée par le rythme même de l’émotion profonde…. Les Grecs ont connu la grâce continue d’un mouvement qui monte, qui s’étende et qui finit pour renaître. La Danse : c’est le rythme de tout ce qui s’éteint pour toujours reparaître ; c’est la montée du soleil.

Il n’est pas de loi pour arriver à sentir ; on sent comme on aime, par instinct et par foi. » Isadora Duncan – « Ce que devrait être la danse »

Ecrits sur la danse

« Seuls pourtant, jusqu’à présent, les génies ont compris le rythme ; voilà pourquoi de leurs œuvres, j’ai tiré de la danse. Voilà pourquoi j’ai dansé sur les rythmes de Bach, de Gluck, de Beethoven et de Chopin et de Schubert et de Wagner. Parce que ce sont à peu près les seuls qui aient compris et qui aient suivi le rythme du corps humain. »

Isadora Duncan – « Ce que devrait être la danse » – Ecrits sur la danse

« L’Harmonie de la musique existe dans la nature ainsi que l’harmonie du mouvement.

Tous les mouvements de la terre suivent les grandes lignes onduleuses. Le son voyage en ondes ; la lumière se propage en ondes ; les mouvements des eaux, des vents, des arbres et des plantes progressent en ondes. Le vol des oiseaux, ainsi que la course de tous les animaux, suivent les grandes ondulations. C’est alors en cherchant la base sur laquelle on peut construire le mouvement humain, que j’ai pris ce mouvement onduleux comme point de départ. »

Isadora Duncan – « Une visite de Rodin » – Ecrits sur la danse

Elle nous laissera le souvenir impérissable du plus grand génie contemporain, le souvenir de celle qui dit, ce soir-là, au Trocadéro, :

« Je ne suis pas une danseuse, et je ne sais pas danser. Mais la vie doit être une danse… Je voulais voir une humanité née de la musique… Etre pénétrée des vibrations de la musique et – étendant les bras – vivre… Je ne sais qu’une danse et c’est ce geste : de ramener ses mains au plexus solaire et qu’une force intérieure ouvre les bras et les élève. »

Fernand Divoire – Découvertes sur la Danse – Les Editions G. Crès et Cie

Jamais sa danse n’a menti, et c’est de là qu’il faut partir pour la comprendre et pour comprendre ce qui, dans les danses nées d’elle, est « isadorien ». Les chaussons de danse et les tutus : convention, donc mensonge. Elle s’en est passée…. Elle ne pouvait pas faire mentir la vérité humaine….

Fernand Divoire – Pour la Danse – Editions de la Danse